Édition du 6 juin 2015,
section IMMOBILIER, écran 9

 

 

MONSIEUR L’INSPECTEUR

 

CES BALCONS DE BOIS EN MANQUE D’AMOUR

 

Bien conçus et bien entretenus, les balcons et escaliers de bois résisteront pendant des années avant de se mettre à pourrir. Balade dans Outremont avec deux experts des balcons patrimoniaux.

 

ANDRÉ DUMONTCOLLABORATION SPÉCIALE

 

Le bois des balcons, balustrades et escaliers a longtemps fait le charme des vieux quartiers de Montréal, avant d’être remplacé massivement par le fer forgé. Ce n’est que dans les secteurs les plus cossus que ce matériau naturel embellit encore plusieurs maisons par coin de rue.

 

Là où le bois n’a pas été retiré, il est souvent mal en point. Il souffre d’un manque d’entretien ou se détériore de façon accélérée en raison d’une restauration de mauvaise qualité. En inspection préachat, il suffit d’appuyer la pointe d’un tournevis aux bons endroits pour découvrir du bois complètement pourri.

 

Pour en apprendre un peu plus sur les règles de l’art de la conception des ouvrages de bois en façade, nous avons rencontré, dans une rue d’Outremont, Éric Vincent et Jean-René Forget, de l’ébénisterie Les Tournages du Nord.

 

Évidemment, c’est l’eau qui cause le plus de dommages au bois, en entraînant sa pourriture. Chaque élément doit avoir une pente et chaque point de jonction doit être conçu intelligemment, pour éloigner l’eau plutôt que l’absorber.

 

« Le bois peut être en contact avec l’eau, mais il doit pouvoir sécher. » 

 

Jean-René Forget, ébéniste et directeur des ventes chez Les Tournages du Nord

 

Il n’y a pas que les planchers et les marches qui doivent afficher une pente afin de bien s’égoutter. Pour une gestion optimale de l’eau, on donnera une forme en « pointe de diamant » au sommet des poteaux des balustrades. Les mains courantes et les lisses, qui retiennent les balustres, auront elles aussi un petit pignon sur leur face supérieure.

 

L’eau ne se déplace pas que par gravité. Au pied d’une pièce de bois disposée à la verticale, elle peut remonter par capillarité, dans le sens du grain du bois. C’est pour cela qu’on voit très souvent de la pourriture au bas des éléments qui sont en contact avec un plancher, une plaque de béton ou carrément le sol.

 

La solution : faire reposer ces éléments sur une plaque de bois dont le grain sera parallèle au plancher du balcon. Nos experts suggèrent encore mieux : disposer des pastilles de téflon d’environ 5 mm d’épaisseur sous la base des colonnes, afin qu’elles ne touchent pas directement au plancher.

 

L’une des erreurs de conception les plus courantes est de croire qu’un plancher de lattes de bois sur un balcon à l’étage est suffisant pour servir de toit au porche du rez-de-chaussée.

 

« Un plancher de bois ne sera jamais étanche, explique Éric Vincent, président des Tournages du Nord. Les espaces entre les planches s’ouvrent et se ferment selon le taux d’humidité. Il y aura toujours de l’eau qui va traverser et faire pourrir les planches embouvetées du plafond en dessous. »

 

L’eau qui pénètre entre les planches fait aussi pourrir les solives qui soutiennent les balcons en porte-à-faux. Le remplacement de ces solives ne pourra se faire sans démolir le balcon au complet.

 

Pour éviter ce problème, on installe une membrane de toiture sous le plancher du balcon, créant ainsi un véritable toit. Sinon, on remplace le plancher de lattes de bois par une plaque de fibre de verre.

 

PRÉVENIR OU GUÉRIR

 

La main-d’œuvre spécialisée d’aujourd’hui est énormément plus chère que celle d’autrefois, quand ces balcons ont été construits. De plus, les pièces de bois à remplacer ne se trouvent pas en quincaillerie ; il faut les faire reproduire sur mesure.

 

Faire reconstruire à neuf un balcon, un porche et une descente d’escalier tout en bois peut coûter jusqu’à 30 000 $. À ce prix, on comprend vite l’importance de quelques heures d’entretien chaque année.

 

« Chaque printemps, on repère les endroits endommagés par l’eau, la neige et la glace, ou par la pelle du déneigeur, suggère Jean-René Forget. On fait des retouches de peinture et on scelle les joints aux points de jonction d’assemblage. »